Une citerne enterrée dans le jardin, une pompe qui tourne, et l’impression d’avoir réglé la question. Sur le terrain, ce n’est presque jamais aussi simple. La majorité des installations que nous reprenons en Wallonie picarde fonctionnent, mais ne sont pas conformes : trop-plein renvoyé à l’égout, réseau eau de pluie relié au réseau de distribution « juste au cas où », robinets extérieurs non identifiés. Ce sont exactement les points que le contrôle CertIBEau regarde.

récupération eau de pluie Wallonie

Ce guide vous donne ce qu’un installateur vérifie avant de raccorder une citerne, les erreurs qui coûtent cher au moment du contrôle, et les arbitrages honnêtes à faire avant de creuser.

En bref

  • Le réseau d’eau de pluie et le réseau d’eau de distribution ne peuvent jamais être reliés entre eux. C’est le point de contrôle numéro un.
  • Si un appoint en eau de ville est nécessaire, il se fait par rupture physique (garde d’air), avec un dispositif agréé Belgaqua conforme à la norme EN 1717.
  • Le trop-plein de la citerne ne part pas à l’égout : il doit être infiltré sur la parcelle quand le terrain le permet.
  • Depuis le 1er juin 2021, le CertIBEau est obligatoire pour tout immeuble raccordé pour la première fois à la distribution d’eau en Wallonie.
  • Les usages pertinents sont les WC, le lave-linge, le nettoyage extérieur et l’arrosage. Pas la douche, pas la cuisine, pas le circuit de chauffage.
  • Les obligations et les aides varient d’une commune à l’autre : le règlement communal se vérifie avant le dépôt du permis.

Ce que la citerne fait vraiment baisser (et ce qu’elle ne fait pas)

Il faut être clair sur le principe : l’eau de pluie ne remplace pas l’eau de distribution, elle remplace certains usages de l’eau de distribution. Les postes qui ne réclament pas une eau potable sont le WC, le lave-linge, le robinet de service extérieur et l’arrosage. Ce sont eux qui sont visés.

La douche, l’évier, le lave-vaisselle et l’alimentation d’une chaudière ou d’un ballon restent sur le réseau de distribution. Le gain se calcule donc uniquement sur la part « non potable » de votre consommation, pas sur la facture entière. Le volume d’eau économisé sur une année dépend de trois choses : la surface de toiture raccordée, la pluviométrie locale et surtout le nombre de personnes dans le logement. Une citerne de 10 000 litres sur une maison occupée par deux personnes n’apportera pas grand-chose de plus qu’une citerne de 5 000 litres.

Conseil du professionnel

Avant de choisir un volume, regardez votre facture d’eau des trois dernières années et comptez le nombre de WC et de lave-linge raccordables. Une citerne surdimensionnée coûte plus cher à installer, stagne davantage en été et ne rapporte rien de plus. Le volume utile se raisonne sur les besoins, pas sur la taille du jardin.

Le point qui bloque le plus de contrôles : la séparation des réseaux

C’est la règle non négociable. Le réseau alimenté par la citerne et le réseau alimenté par le distributeur d’eau doivent être physiquement séparés. Aucune vanne, aucun raccord, aucun « bypass provisoire » ne peut mettre les deux en communication, même fermé.

La raison est sanitaire, pas administrative. En cas de dépression sur le réseau public, une interconnexion peut renvoyer de l’eau de pluie dans la conduite de distribution et contaminer le réseau du quartier, pas seulement votre maison. C’est pour cette raison que la Wallonie s’appuie sur la norme NBN EN 1717, appliquée par Belgaqua, la fédération belge du secteur de l’eau.

En pratique, quand un appoint en eau de ville est souhaité pour les périodes sèches, il ne se réalise jamais par une simple vanne. Il passe par une rupture physique : l’eau de distribution tombe en chute libre dans un petit réservoir tampon, avec une garde d’air, et c’est ce réservoir qui alimente ensuite le circuit eau de pluie. Le dispositif utilisé doit être agréé.

Erreur fréquente

Le « raccord de secours » installé par le propriétaire précédent, souvent une vanne quart de tour cachée derrière la pompe, prévue pour dépanner l’été. Elle est parfaitement fermée, personne n’y touche jamais, et elle rend malgré tout l’installation non conforme. Nous la retrouvons régulièrement lors des reprises d’installation.

Le CertIBEau : ce que le certificateur vérifie

Le CertIBEau est la Certification des Immeubles Bâtis pour l’Eau. Il est en vigueur en Wallonie depuis le 1er juin 2021 et il est obligatoire pour les immeubles raccordés pour la première fois à la distribution d’eau, ainsi que pour certains établissements ouverts au public. Il porte sur trois volets : le raccordement et la distribution intérieure d’eau, l’évacuation des eaux usées, et la conformité générale de l’installation au Code de l’eau.

Concrètement, pour une maison équipée d’une citerne, le certificateur s’attache notamment à :

Point contrôlé Ce qui est attendu
Séparation des réseaux Aucune connexion entre eau de pluie et eau de distribution
Protection anti-retour Dispositifs agréés, adaptés à la catégorie de fluide
Identification des canalisations Repérage clair des conduites et des robinets « eau non potable »
Séparation eaux usées / eaux pluviales Deux évacuations distinctes jusqu’en limite de propriété
Trop-plein de citerne Infiltration sur la parcelle, pas de rejet à l’égout

Les modalités précises et les cas exacts d’obligation évoluent. Pour votre situation, vérifiez auprès du portail officiel CertIBEau et de votre distributeur d’eau.

Faire vérifier la conformité de mon installation d’eau

Comment se raccorde une citerne, étape par étape

L’ordre compte. Un raccordement fait dans le désordre, c’est une tranchée rouverte deux fois.

  1. Collecte en toiture. On ne raccorde que les descentes propres. Une toiture en fibrociment ancien ou traitée avec un produit non compatible ne va pas dans la citerne.
  2. Filtration avant citerne. Un filtre à feuilles ou un dégrilleur accessible. S’il est enterré sous 40 cm de terre, il ne sera jamais nettoyé, donc il ne sert à rien.
  3. Entrée calmée. Une entrée qui casse le débit évite de remettre les dépôts du fond en suspension à chaque orage.
  4. Aspiration flottante. On prélève l’eau à 10 ou 15 cm sous la surface, pas au fond où se dépose la boue.
  5. Pompe ou groupe de surpression. Dimensionnée sur le nombre de points de puisage simultanés et sur la hauteur à vaincre, avec protection contre le fonctionnement à sec.
  6. Réseau intérieur dédié. Canalisations repérées, robinets extérieurs étiquetés « eau non potable », aucun croisement avec le réseau sanitaire.
  7. Trop-plein. Vers un dispositif d’infiltration dimensionné selon la perméabilité du terrain, avec un clapet anti-rongeurs.
Ce qu’on recommande sur le terrain

Prévoyez dès le départ un compteur sur le départ eau de pluie. Il coûte peu, il se pose en dix minutes pendant le chantier, et c’est le seul moyen de savoir ce que l’installation vous rapporte réellement. Sans compteur, la discussion sur la rentabilité reste une conversation de comptoir.

Pompe, pression et bruit : les arbitrages réels

Trois configurations existent, et le choix n’est pas neutre pour le confort quotidien.

La pompe immergée est la plus discrète : elle est dans la citerne, on ne l’entend quasiment pas depuis la maison. En contrepartie, toute intervention demande de la remonter.

La pompe de surface, installée dans la cave ou le garage, est plus simple à entretenir mais elle s’entend. Si la cave se trouve sous une chambre, le sujet arrive vite. Un socle antivibratile et des flexibles souples règlent une bonne partie du problème, à condition d’y penser avant la pose.

Le groupe avec réservoir tampon et appoint eau de ville est la solution la plus confortable en cas de citerne vide, et c’est aussi celle qui permet de rester conforme grâce à la rupture physique. C’est aussi la plus coûteuse et celle qui demande un peu de place.

Si vous constatez déjà une pression insuffisante sur votre réseau existant, réglez ce point avant de brancher quoi que ce soit de nouveau. Nous détaillons les causes possibles dans notre article sur le manque de pression d’eau à la maison.

Entretien : quatre gestes qui évitent 90 % des ennuis

  • Nettoyer le filtre amont deux fois par an, après la chute des feuilles et au printemps.
  • Vérifier le trop-plein une fois par an. C’est par là que les rongeurs entrent quand le clapet est cassé.
  • Contrôler le flotteur d’aspiration et sa crépine, qui se colmate progressivement.
  • Faire curer la citerne lorsque le dépôt devient significatif. La fréquence dépend de la toiture et de l’environnement, pas d’un calendrier théorique.
Bon à savoir

Une citerne n’est pas un espace anodin. L’accès à une citerne enterrée relève du travail en espace confiné, avec des risques réels de manque d’oxygène. Ce n’est pas une opération à improviser un dimanche après-midi, seul, avec une échelle.

Permis, règlement communal et aides

En Wallonie, les exigences relatives à la citerne relèvent largement du niveau communal. Certaines communes imposent une citerne de récupération comme condition à la délivrance du permis d’urbanisme pour une construction neuve, avec un volume minimal et parfois l’obligation de raccorder effectivement au moins un usage intérieur. D’autres ne l’imposent pas mais proposent une aide à l’installation.

Autrement dit, il n’existe pas de réponse unique valable partout. La seule démarche fiable consiste à demander le règlement en vigueur au service urbanisme de votre commune avant de finaliser vos plans, et à vérifier auprès de votre distributeur d’eau les modalités liées au CertIBEau. Les montants et conditions d’aides évoluent : information à vérifier au cas par cas.

Erreur fréquente en rénovation

Vouloir alimenter le circuit de chauffage ou le ballon d’eau chaude avec l’eau de pluie « puisqu’elle est douce et qu’elle n’entartre pas ». C’est proscrit, et pour de bonnes raisons : qualité bactériologique non maîtrisée, agressivité de l’eau vis-à-vis de certains métaux, et non-conformité immédiate. Si votre problème est le calcaire, la réponse est ailleurs : voyez notre guide sur l’adoucisseur d’eau en Wallonie.

Demander une étude de raccordement pour ma citerne

Faut-il se lancer ? Notre lecture honnête

La récupération d’eau de pluie a du sens dans trois cas de figure. En construction neuve, parce que la citerne, les tranchées et le double réseau se posent au bon moment et que le surcoût reste maîtrisé. En rénovation lourde, lorsque les sols sont déjà ouverts. Et sur les foyers de quatre personnes et plus, où le volume d’eau non potable consommé rend l’opération réellement significative.

Elle est plus discutable dans un cas : la maison déjà terminée, occupée par une ou deux personnes, où il faudrait casser des sols pour tirer un réseau dédié. Dans cette situation, le retour sur investissement s’étire, et l’argent est souvent mieux placé ailleurs. Nous le disons aux clients avant le devis, pas après.

Questions fréquentes

Peut-on boire l’eau de pluie d’une citerne en Wallonie ?

Non. L’eau de pluie stockée n’est pas une eau destinée à la consommation humaine et sa qualité bactériologique n’est pas garantie. Elle est réservée aux WC, au lave-linge, au nettoyage et à l’arrosage. Les points de puisage doivent d’ailleurs être identifiés comme non potables.

Que se passe-t-il quand la citerne est vide ?

Deux options. Soit les appareils concernés sont temporairement à l’arrêt, ce qui est rarement acceptable pour un WC. Soit vous installez un appoint en eau de distribution, obligatoirement réalisé par rupture physique avec garde d’air et dispositif agréé, jamais par une vanne de liaison entre les deux réseaux.

Le trop-plein de ma citerne peut-il aller à l’égout ?

Non, la règle est l’infiltration sur la parcelle lorsque le terrain le permet. Renvoyer le trop-plein à l’égout charge inutilement le réseau d’assainissement et constitue un point de non-conformité. Si le sol infiltre mal, une solution technique doit être étudiée avec la commune.

Le CertIBEau est-il obligatoire pour une rénovation ?

L’obligation vise en premier lieu les immeubles raccordés pour la première fois à la distribution d’eau depuis le 1er juin 2021, ainsi que certains établissements accessibles au public. Pour une rénovation, la situation dépend du cas précis : vérifiez auprès de votre distributeur d’eau ou du portail CertIBEau.

Quel volume de citerne choisir ?

Le volume utile dépend de la surface de toiture raccordée, du nombre d’occupants et des usages effectivement branchés. Le raisonnement se fait sur la consommation non potable réelle du ménage, pas sur un volume standard. Un dimensionnement fait sur mesure évite d’immobiliser de l’argent dans un réservoir trop grand.

L’eau de pluie abîme-t-elle le lave-linge ?

Correctement filtrée et prélevée avec une aspiration flottante, elle est bien tolérée par les machines et réduit même les dépôts calcaires. Les problèmes viennent quasi systématiquement d’une filtration absente ou d’un prélèvement fait au fond de la citerne, dans les dépôts.

Ma commune impose-t-elle une citerne ?

Cela varie fortement d’une commune wallonne à l’autre. Certaines l’imposent au permis d’urbanisme pour le neuf, d’autres non. Consultez le service urbanisme de votre commune avant le dépôt du dossier, c’est la seule source fiable.

Parler de votre installation avec Rotsaert & Brancato

Installés à Templeuve, nous intervenons dans le Tournaisis et en Wallonie picarde sur l’ensemble des installations d’eau et de chauffage : plomberie sanitaire, gaz, mazout, bois et solutions renouvelables. Sur un projet de citerne, nous regardons d’abord ce qui existe, ce qui est raccordable, et ce qui doit être corrigé pour rester conforme, avant de parler matériel.

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